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LASA

Thèses soutenues en 2008


 

  • Sébastien Haisat

 

Titre: " Analyse des carrières professionnelles ou bénévoles des intervenants en gymnastiques de forme : comparaison entre les animatrices de la Fédération Française d'Entraînement Physique dans le Monde Moderne Sports pour Tous et les Brevets d'Etat des Métiers de la Forme "

 

Thèse soutenue le 5 novembre 2008 sous la direction de Dominique Jacques-Jouvenot et Gilles Vieille-Marchiset

 

Résumé:

 

Ce travail de recherche est une comparaison entre les carrières des animatrices de la Fédération Française d Entraînement Physique dans le Monde Moderne Sports pour Tous (F.F.E.P.M.M) et des Brevets d Etat des Métiers de la Forme (B.E.M.F), dont l activité est la remise en forme d un public par l'enseignement ou l'animation des gymnastiques de forme. L'enquête s appuie sur une méthode biographique basée sur 23 récits de vie (12 animatrices et 11 B.E.M.F) et selon une approche sociologique de la construction identitaire. Elle s articule autour de l'étude de trois processus successifs : l'engagement en formation, l'acquisition d une place d'intervenant et les mobilités internes. Les résultats révèlent d abord que l'engagement en formation peut-être entendu comme une négociation identitaire qui s élabore depuis des moments critiques analysés à travers les revendications des acteurs et leurs récits d interactions. Ainsi, devenir animatrice ou B.E.M.F correspond à une ressource identitaire mobilisée depuis des places et des situations différentes. L'analyse de ce processus met en exergue une typologie de stratégies identitaires intéressante. Ensuite, l'acquisition d'une place d'intervenant en gymnastiques de forme est appréhendée comme un processus de conversion. L'initiation, qui s inscrit à l'intérieur de deux mondes sociaux distincts, constitue une étape d appropriation d'un modèle d'intervention spécifique. Les discours dévoilent que c'est à partir de ce modèle que les acteurs s'orientent et sont recrutés dans les structures de pratique, permettant ainsi d'apporter une explication sur la répartition des acteurs dans le secteur associatif F.F.E.P.M.M et marchand de la forme. Enfin, les mobilités internes observées en direction d'une place d'instructrice, de responsable des professeurs et de B.E.M.F indépendant ont également été analysées sous l'angle d'un processus d'engagement. Ce dernier montre que les mobilités sont l'oeuvre de négociations identitaires face à de nouveaux moments critiques qui apparaissent dans la sphère privée, les situations d'interventions ou dans la profession occupée parallèlement à l'activité d'intervenant en gymnastiques de forme  


 

  • Christophe HANUS

 

Titre:  " La concurrence entre les lignées familiales dans la transmission du rapport au territoire : l'exemple du val de Mouthe "

 

Thèse soutenue sous la direction de Dominique Jacques-Jouvenot

 

Résumé:

 

Cette étude, située dans le val de Mouthe (Doubs, France), une région qui s'étire le long de la frontière franco-suisse et de la chaîne du Jura, décrit le processus qui conduit certains agents à migrer et d'autres à rester dans la commune ou à proximité du lieu où une partie voire la totalité de leurs quatre aïeux, ont vécu. Le mode d'entrée est ici le territoire, les personnes interrogées ayant toutes eu, à un moment ou un autre, un rapport avec celui-ci. Mouthe, petite Sibérie française, est célèbre pour ses conditions climatiques particulièrement rudes et son record officiel de froid en France, et constitue un terrain de recherche intéressant parce que son histoire est jalonnée de nombreux conflits qui sont dus, non pas à une opposition entre nouveaux venus et anciennement installés, mais au type de développement culturel et économique que les uns et les autres souhaitent imposer localement, orchestré par une concurrence historique entre l'Église et l'État. En réalisant des arbres généalogiques sur trois générations qui prennent en compte aussi bien la lignée maternelle que la lignée paternelle des parents d Ego nous constatons qu'au-delà des facteurs macrosociologiques et des discours des interviewés insistant sur leur liberté de mouvement et d'action, la concurrence entre les lignées dont ils sont les héritiers est prééminente dans le déroulement de leur parcours résidentiel et oriente durablement leur choix.

 

     

 

Titre: " L’erreur judiciaire : une voie d’approche pour l’étude socio-anthropologique de la production de la vérité "

 

Thèse soutenue le 3 novembre 2008 sous la direction de Dominique Jacques-Jouvenot

 

Résumé:

 

Crimes et délits sont inhérents au droit. Dans le fonctionnement de la justice, il n’y a ni crime ni délit en dehors de la loi. A partir du moment où l’on définit des limites, leur transgression constitue une infraction. Autrement dit, pour parvenir à une criminalité zéro, il faudrait avoir une tolérance absolue. Ainsi, l’édiction de règles juridiques formelles et leur mise en oeuvre entraîne, de fait, la potentialité d’erreurs dans les jugements. « Errare humanum est » est un vieil adage qui de tout temps trouve sa justification lorsqu’un jugement s’avère « injuste ». Mais la reconnaissance des erreurs judiciaires est difficile à admettre pour l’institution. Le droit évolue avec la société, les recours également dans la forme comme dans le fond selon les époques et les acteurs impliqués. La justice de Dieu ou du peuple reste souveraine. Force est de constater que quelle que soit l’époque où le lieu, l’erreur est symboliquement coûteuse pour les pouvoirs en place. Ainsi, la reconnaissance de l’erreur judiciaire est un des modes essentiels de régulation de la conscience sociale et une forme active de pédagogie collective.

 

Cette recherche est une étude sociologique de l’erreur judiciaire. Cette approche constitue une puissante modalité d’analyse d’une institution : la Justice. Analyser un tel phénomène ne se résume pas à étudier les « simples » drames qui nourrissent exceptionnellement nos journaux. Dans la perspective adoptée dans ce travail, l’erreur judiciaire, dérapage criant de l’appareil de Justice, sert d’analyseur du fonctionnement « normal » du monde judiciaire. Elle permet de pénétrer au cœur du système, de mettre à jour ses différents rouages et leurs interactions, d’observer les éléments qui la constituent et à travers lesquels elle agit : son mécanisme. De fait, observer le « dysfonctionnement » d’une institution révèle en négatif ses modes habituels de fonctionnement. Dans le cadre de cette approche nous nous appuyons sur l’étude approfondie de deux cas d’erreur judiciaire avérés: Roland AGRET et Patrick DILS (à travers leur témoignage, leur dossier judiciaire et les productions médiatiques issues des affaires). L’étude des cas AGRET et DILS débouche sur deux types bien définis de victime d’erreur judiciaire. En définitive, victimes émissaires, ils adoptent des masques successifs singuliers, malgré un parcours judiciaire similaire. Ainsi, le cas AGRET se révèle être une actualisation charismatique, alors que le cas DILS s’apparente à un « agneau » sacrifié.

 

Ces deux cas suivent un parcours judiciaire dont voici les grandes étapes :

  • ACTE I : Le modelage du masque de coupable. Il s’agit de la fabrication d'un statut judiciaire. Cette section appréhende, dans un premier temps, les éléments déclencheurs de la machine judiciaire -le crime- ; puis dans un second temps, la récolte des matériaux qui servent à édifier le masque de coupable. Ce chapitre vise à porter au jour, les rouages du dispositif d'enquête, mais également les processus de gestion de crise, quand un acte demeure inexpliqué. Il faut en effet donner un sens au crime. Le crime et le criminel viennent s’insérer dans la trame de la réalité sociale. Mettre en intrigue signifiante le crime pour apaiser l'homme de la rue.
  •  ACTE II : Le sacre du masque à travers la mise en scène du procès. Dans cette section, on voit comment une certaine réalité des évènements est légitimée et comment un statut judiciaire peut être construit. Une vérité de l'affaire est institutionnellement validée. Un responsable/bouc émissaire est désigné. Son profil entrera alors dans un cercle signifiant : celui du criminel. C'est la régulation classique d'un phénomène déviant qui permet aux liens sociaux de se renforcer à travers la condamnation d'un individu.
  •  ACTE III : Premières fissures avant le bris du masque. Cette section aborde les éléments mis en oeuvre fragilisant la réalité jusqu'alors établie. Pendant la période d'expiation, une nouvelle version de la réalité commence à se faire jour et à être véhiculée. Le statut légal du criminel vient à être contesté. Il s’agit d’un des aspects spécifiques de l’erreur judiciaire.
  •  ACTE IV : La pose d'un nouveau masque. Cette dernière phase voit la mise en place et la cristallisation définitive d'un nouveau statut judiciaire. Quand la machine est relancée mais qu’elle bifurque dans son parcours et emprunte une nouvelle voie de la vérité judiciaire, l’individu condamné passe d’une identité de coupable, à celle de victime. Un nouveau procès est ouvert. Les éléments qui dans un premier temps avaient servi à constituer le coupable sont éclairés sous un jour nouveau, la réalité change de couleur. Le crime initial est revisité et ceux qui avaient dans un premier temps été déclarés coupables sont, sous ce nouvel éclairage, officiellement reconnus comme victimes. C'est la réhabilitation. La condamnation est gommée : le casier judiciaire redevient vierge. L’erreur judiciaire est avérée. A travers ces différentes phases, ce travail met à jour les enjeux de lutte, d’alliance et de mésalliance entre les mondes et les institutions engagées, pour l’imposition d’une vérité judiciaire. L’étude de l’erreur judiciaire s’avère un vecteur d’analyse puissant pour appréhender la société dans ses modalités de production de normes et de déviances, pour mieux lire le fonctionnement de différents champs (judiciaire, médiatique, associatif…) et, in fine, pour appréhender la construction sociale de la vérité.