Site de l'université de Franche-Comté
LASA

Des pratiques existantes aux politiques de transition : circulations et ambiguïtés

Habiter la transition

Jardins et Communs : Terreaux de "transition" ?

 

Réseau Approches Critiques du Développement Durable (ACDD)
Cinquième journée de l’atelier HABITER LA TRANSITION
Des pratiques existantes aux politiques de transition : circulations et ambiguïtés
Cycle « Pratiques sociales et politiques de transition »


Jeudi 12 octobre 2017
10h-17h00
Besançon Maison des Sciences de l’Homme et de l’Environnement

(MSHE Ledoux, USR 3124), 1 rue Charles Nodier

Salle de conférence

Entrée libre (sur inscription : -fcomte.fr)

Laboratoire de Sociologie et d’Anthropologie (LaSA EA 3189), Département de Sociologie

UFR Sciences du Langage de l’Homme et de la Société (SLHS) Université de Franche-Comté

Télécharger le document pdf Télécharger le programme

Coordinatrices de la séance : Sophie Némoz et Florence Rudolf

Tandis que les jardins collectifs, jardins partagés, sèment divers territoires urbains, périurbains, ruraux, l’idée de changement, d’alternatives en cours, s’affirme sur ces terrains cultivés à plusieurs. Entre nature et culture et au croisement des problématiques de l’habiter, différentes qualités, sociales, économiques, politiques, esthétiques, sanitaires et environnementales, ont été associées aux jardins selon les époques, les sociétés et les territoires. Aujourd’hui, leur essor s’observe notamment au coeur de nouveaux collectifs. Le mouvement des « villes en transition » développe ainsi des potagers et des vergers urbains, gérés en groupe et présentés comme les « ingrédients » fondamentaux d’un territoire résilient face à la déplétion pétrolière et au réchauffement climatique. Si les jardins collectifs constituent une des initiatives les plus concrètes, fréquentes et visibles pour « rendre la Transition palpable par la communauté » (Hopkins, 2013), cet atelier vise à poser plus largement la question.


Les actions collectives dans ce domaine et les conceptions de la « transition » sont portées par différents acteurs. Ils excèdent un mouvement militant et s’étendent à travers une multiplicité de projets qui émanent de la société civile, d’initiatives « grass roots » tels qu’ils sont qualifiés à l’international, ou par-delà ces formes associatives, par l’entremise de démarches professionnelles, scientifiques ou institutionnelles. Le terme de jardin partagé est celui retenu par l’État français depuis 2014 bien que d’autres appellations comme jardin collectif, jardin communautaire, soient couramment utilisées.


Toutes ces dénominations mettent en avant l’usage et la gestion en commun de pratiques auxquelles les jardins offrent un horizon de possibles. Ces possibles partagent l’idée de communs aussi, c’est à cette notion que cet atelier sera plus précisément décerné d’autant qu’elle suscite un intérêt particulier de nos jours. A la croisée des sciences et des imaginaires politiques, culturels et sociétaux, les biens communs font l’objet d’une attention bien particulière parce qu’ils témoignent d’une alliance entre universalisme et localisme/ particularisme. L’idée de communs est née d’une critique de l’intérêt général, dont elle se distingue sans renier l’intérêt d’une montée en généralité. L’idée de communs, nous enjoint, de célébrer la recherche d’universalisme à travers des expériences situées, en travaillant des formes d’alliances entre des grandeurs incommensurables. Il s’agit de jouer d’équilibres instables, non comme d’une fragilité, mais comme l’affirmation d’une ouverture : ouverture à l’altérité (humaine et non humaine), ouverture sur le monde et le devenir.


Rien d’étonnant, par conséquent, à ce que les communs soient au coeur de nombreux débats. De la philosophie politique à l’économie publique, puis institutionnaliste4, ou encore en science juridique, en sociologie, en anthropologie et en histoire, la littérature internationale rend compte d’une définition polysémique, traversant différentes disciplines, et partant de sources d’inspiration plurielles. Elle recouvre des formes d’organisation de ressources matérielles ou immatérielles par un collectif. Il y a là, des communautés plus ou moins inclusives/exclusives d’ayant-droits dont les pratiques et les représentations ne vont pas sans ambiguïtés.


A l’heure où ces dynamiques d’action collective interrogent l’organisation des territoires, tout en soulevant le débat en matière d’environnement, cette journée a pour objectif d’approfondir leur questionnement sur le terrain des jardins. Quels biens communs peuvent être observés en leur sein ? Comment sont-ils cultivés ? Par qui ? A travers quels savoirs, quelles pratiques, quels imaginaires et sens ? Qu’est-ce qui les met en oeuvre mais aussi à l’épreuve ? Dans quels espaces-temps ? A quelles échelles ? Selon quelles formes institutionnelles ? En quoi l’organisation, la production et l’usage des jardins en communs recomposent-ils les manières d’habiter ? Avec quels effets sociaux, économiques, politiques et environnementaux ?


Cette séance propose de travailler sur ces questions, en invitant un public large, composé tant de chercheurs, de praticiens, d’associations, d’étudiants et de toute autre personne intéressée. Du point de vue historique, l’idée des communs a connu plusieurs phénomènes de résurgence dans la région Bourgogne Franche-Comté. Les formes pluriséculaires de la coopération des producteurs laitiers locaux ont créé des « fruitières » visant à fructifier ensemble, à travers une défense du commun social mais aussi, environnemental au niveau des pâturages. L’idée des communs a pu être également portée par des militants socialistes et radicaux, anciens fouriéristes, ou encore par les oeuvres de l’architecte, urbaniste et utopiste, Claude Nicolas Ledoux.


Au regard de ce patronyme, d’un ancrage territorial et des approches comparatives internationales, la Maison des Sciences de l'Homme et de l'Environnement de Franche-Comté (MSHE Ledoux, USR 3124) accueillera cet atelier en partenariat avec le Laboratoire de Sociologie et d’Anthropologie (LaSA EA 3189 UBFC), ainsi qu’avec le soutien de l’Equipe d’Accueil « Architecture, Morphologie/Morphogénèse Urbaine et Projets » (AMUP EA 7309) et de la Région Bourgogne-Franche-Comté. La journée reviendra sur la généalogie locale des dispositifs coopératifs, puis analysera au cours de la matinée des expériences concrètes de jardins partagés dans la région, notamment à Besançon où l’une d’elles a débouché sur un projet d’habitat participatif. L’après-midi sera résolument international, avec des présentations de recherches en agroécologie à Neuchâtel, sur les potagers urbains dans le cas de Genève, les « Community gardens » à New York, et plus largement aux Etats-Unis et au Royaume-Uni.

 

Introduction de la journée : Sophie Némoz, Maître de conférences, Laboratoire de Sociologie et d’Anthropologie, Université Bourgogne Franche-Comté, LaSA (EA 3189).

Matinée (10h00 - 12h30) : Fragments locaux

  • Christian Guinchard, Maître de conférences HDR, Laboratoire de Sociologie et d’Anthropologie, Université Bourgogne Franche-Comté, LaSA (EA 3189) : « Le nouveau monde de Charles Fourier est un jardin »
  • Éric Doidy, Chargé de recherche, Centre d’Economie et de Sociologie appliquées à l’Agriculture et aux Espaces Ruraux, INRA, CESAER (UMR 1041) ; et Sophie Némoz : « Pistes pour une pragmatique terrestre : quels jardins pour dessiner quelles communautés ? »
  • Karine Terral, Architecte-conseiller chargée de mission pour les Conseils d’Architecture, d’Urbanisme et de l’Environnement du Doubs, du Jura et de la Haute-Saône ; Floriane Vauthier, Membre du Groupe Habitat Participatif de la Pernotte ; et Patrick Bourque, Membre du Groupe Habitat Participatif de la Pernotte : « Du jardin partagé à l’habitat participatif de La Pernotte : comment le jardin partagé a nourri notre futur mode d’habiter ? »

Discutante : Laurence Granchamp, Maître de conférences, Dynamiques Européennes, Université de Strasbourg, DynamE (UMR 7367).

 
Après-midi (14h – 17h) : Mises en perspectives internationales

  • Alexandre Aebi, Maître d’Enseignement et de Recherche, Laboratoire de biodiversité du sol, Université de Neuchâtel, UNINE : « Regard interdisciplinaire sur trois projets de jardins potagers dans le canton de Neuchâtel. Du militantisme étudiant aux tentatives d’institutionnalisation d’un projet communal »
  • Arnaud Frauenfelder, Sociologue, professeur, Responsable du Centre de recherches (CERES), Haute école spécialisée de Suisse occidentale, HETS Genève : « La mise en ordre des jardins ouvriers comme instrument de régulation sociale entre hier et aujourd’hui. Le cas de Genève »
  • Sandrine Baudry, Maître de conférences, Savoirs dans l’Espace Anglophone Représentations, Culture, Histoire, Université de Strasbourg, SEARCH (EA 2325) ; et Sandrine Glatron, Chargée de recherche CNRS, Dynamiques Européennes, DynamE (UMR 7367) : « Perspective historique sur le jardinage urbain en temps de crise aux États-Unis et au Royaume-Uni (1890-2017) »

Discutante : Sophie Némoz

Conclusion de la journée : Florence Rudolf, Professeure, Directrice adjointe de l’équipe d’accueil Architecture, Morphologie/Morphogenèse Urbaine et Projets, AMUP (EA 7309), Insa de Strasbourg.